Après l’Allemagne et la Tchéquie, la Belgique a sa bière IGP

Dans sa cave de foudres, à Roulers, la brasserie Rodenbach produit l'une des Vlaams roodbruin bier les plus célèbres. © Bière Actu.

La Commission européenne reconnaît la rouge-brune flamande en IGP, une première pour la bière belge. Il aura fallu quinze ans aux brasseries productrices pour décrocher ce label.

C’est une première pour la bière belge. Jeudi dernier, 1er octobre2026, la Commission européenne a approuvé l’enregistrement de la « Vlaams roodbruin bier« , la rouge-brune flamande, la Flanders Red Ale référencée 17B par le BJCP, en indication géographique protégée (IGP), rapportent plusieurs médias belges. Elle rejoint ainsi la liste des plus de 3 900 IGP et appellations d’origine protégées. Une reconnaissance attendue de longue date par les brasseurs flamands, et qui place enfin la Belgique sur la carte des bières protégées.

Vlaams roodbruin bier : une bière acidulée vieillie en foudre

Typique de la Flandre occidentale, la Vlaams roodbruin bier est une bière belge de fermentation mixte qui se caractérise par une robe acajou et des notes acidulées et fruitées. Elle est élaborée à partir d’eau, de malt d’orge et d’un éventuel ajout de maïs ou d’orge non-maltée, de houblons européens anciens à faible taux d’acides alpha (Saaz, Hallertau ou Goldings sont les variétés courantes). Le houblonnage est très faible pour ne pas masquer l’acidité ni gêner le travail des bactéries dans le foudre. Les brasseurs peuvent aussi ajouter des épices ou des fruits rouges selon le profil aromatique recherché.

La particularité de cette bière tient à sa fermentation mixte : elle associe en général 75 % de bière jeune à 25 % de bière mûrie plusieurs mois dans de des foudres de chêne. Une méthode que la Commission européenne juge unique dans la culture brassicole belge. Avec les brasseurs de lambic, ceux de la rouge-brune sont les seuls à avoir conservé ce vieillissement en bois. LSa plus ancienne description connue de ce savoir-faire régional remonte à 1851 : « La bière rouge-brune flamande repose sur une très longue tradition brassicole et le savoir-faire des brasseurs locaux. Sa réputation est indissociable des caractéristiques spécifiques du produit. »

Le style compte de nombreuses références : la Rodenbach, de la Brasserie Rodenbach (Roulers), la Duchesse de Bourgogne (6,2 % alc/vol) de la Brasserie Verhaeghe (Vichte), Vander Ghinste Roodbruin (5,5 % alc/vol), Brouwerij Omer Vander Ghinste (Bellegem), Ichtegem’s Grand Cru (6,5 % alc/vol), Brouwerij Strubbe (Ichtegem), Petrus Roodbruin (5,5 % alc/vol), Brouwerij De Brabandere (Harelbeke), Oud Bruin (6,0 % alc/vol), Brouwerij ‘t Verzt (Anzegem), XII Flemish Red Ale (5,2 % alc/vol) de SOSAB (Courtrai) ou encore Bacchus de la Brasserie Van Honsebrouck. Ces huit brasseries font partie du Haut Conseil des Authentiques Bières Rouges Brunes flamandes (HORARB) qui porte, depuis 2011, la procédure pour obtenir cette IGP.

IGP : le label européen qui ancre un produit dans son terroir

Selon le ministère français de l’Agriculture, l’IGP est attribuée à un produit dont au moins une étape de production a lieu dans une zone géographique qui lui confère sa spécificité. A titre de comparaison, le cahier des charges de l’AOP est plus strict et exige que toutes les étapes s’y déroulent. Le site Know Your Beer, de l’Union européenne des consommateurs de bière (EBCU), souligne que l’IGP « est la protection UE la plus couramment appliquée à la bière. » La démarche est collective et volontaire : les producteurs doivent démontrer le lien entre les caractéristiques du produit et son origine, puis respecter un cahier des charges soumis à contrôle. Autrement dit, le nom ne peut plus être utilisé à la légère.

Ce que l’IGP change pour les brasseurs et les consommateurs

Le nom « Vlaams roodbruin bier » est désormais protégé et son usage soumis à un cahier des charges strict. Pour la Commission européenne, ce label permet aux consommateurs de reconnaître ces produits et de leur faire confiance, et aux producteurs de mieux les commercialiser. La rouge-brune flamande fait maintenant partie des vingt produits belges protégés par une IGP, comme le boudin blanc de Liège, le jambon d’Ardenne, les choux de Bruxelles, le Vin de pays flamand ou la mattentaart de Grammont.

Pour éviter toute confusion, la vieille gueuze et la vieille kriek bénéficient depuis 1997 d’une spécialité traditionnelle garantie (STG), qui protège une méthode de fabrication plutôt qu’une origine. Les dossiers de la spéciale belge et de la saison, eux, ne sont plus poussés aujourd’hui.

L’Allemagne et la Tchéquie, championnes des bières à IGP

Pour la Belgique, l’IGP qui protège désormais la rouge-brune flamande est un événement en soi. Plusieurs autres styles de bières bénéficient déjà d’une IGP. Certaines bières allemandes sont protégées depuis une trentaine d’années : comme la Kölsch (région de Cologne/Rhénanie-du-Nord-Westphalie), la Dortmunder Bier (Dortmund), la Bremer Bier (Brême), la Berliner Weisse (Berlin) ainsi que la Münchner Bier (Munich) et plus largement l’ensemble de la Bayerisches Bier (Bavière). Côté tchèque, cette protection s’applique à la České pivo (à l’échelle de la République tchèque) et à la Budějovické pivo (région de České Budějovice, en Bohême du Sud).

Après la Flandre, le Piémont rêve aussi de son IGP bière

D’autres territoires lorgnent sur ce label. Dans le nord de l’Italie, le Consorzio Birra Origine Piemonte, qui réunit depuis 2019 une trentaine de producteurs agricoles et de brasseurs artisanaux, a finalisé un projet de cahier des charges, comme le détaillais Bière Actu en août dernier. Il réserverait la dénomination à une bière blonde brassée avec de l’orge et du houblon cultivés dans la région. Une ancienne variété d’orge à deux rangs a été relancée avec le CREA, l’organisme public italien de recherche agricole, jusqu’à atteindre 15 tonnes. Le consortium veut prouver qu’une bière peut, comme le vin ou le fromage, se définir par son origine autant que par sa recette. Le dossier doit encore être transmis au ministère italien de l’Agriculture.

La rouge-brune flamande vient de montrer que la route est longue, mais qu’elle existe. Une démarche suivie de près par les brasseurs artisanaux européens. ■



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