Les 10 bières les plus extravagantes de 2025

© Agricampus / Pixabay

Entre plantes ancestrales et tacos liquides, les brasseurs français rivalisent d’audace. Du myrica des tourbières aux champignons sauvages, ces créations repoussent les limites de la créativité brassicole.

1 / Ovum Myrica : la bière venue du fond des âges

Dans le Morbihan, la Microbrasserie Barque ! de Malestroit (56) a ressuscité une recette médiévale oubliée. La Ovum Myrica (4,5 % alc/vol) utilise le Myrica gale, un arbrisseau aromatique qui remplaçait le houblon au Moyen Âge. Récolté avec parcimonie à Sérent, dans la tourbière de Kerfontaine vieille de 7 000 ans, ce végétal protégé confère à cette blonde bio des notes florales, fruitées et épicées. Seulement 1 600 litres ont été produits, fruit d’un savant dosage de 200 grammes de myrica pour 800 litres de bière. Une partie des bénéfices ont été reversés à l’association de protection de l’environnement Bretagne Vivante.

© Bière Actu

2 / La sève coule à flots

Damien Houssaye, fondateur de La sève de bouleau du Pays de Bray (Smermesnil, 76), a imaginé La Paix de la Forêt (6 % alc/vol), une bière qui se décline en deux recettes. Le malt est normand, le houblon américain et l’eau est remplacée par de la sève de bouleau bio. En 2025, la Brasserie Northmæn (La Chapelle-Saint-Ouen, 76) a produit la Blonde, au subtil goût boisé, et la Brasserie Sainte Beuve (Le Caule-Sainte-Beuve, 76) a brassé la recette à l’hibiscus. Au total, 3 000 litres ont été embouteillés. En 2026, Damien Houssaye ira encore plus loin et espère faire brasser entre 8 et 10 000 litres. Le brassage aura lieu fin mars, immédiatement après la récolte de la sève de bouleau.

© La sève de bouleau du Pays de Bray

3 / Les champignons à l’assaut des cuves

La Brasserie Vivat (Le Cateau-Cambrésis, 59) revisite sa Mort’Ale de 2014 avec cette Vivat Cueilleur Sauvage (5,9 % alc/vol), une ambrée aux trompettes de la mort. Cette collaboration entre le brasseur Florent Carre et Jean-Baptiste Cokelaer, pharmacien spécialisé en mycologie, illustre la rencontre entre cueillette ancestrale et savoir-faire moderne. Les champignons apportent à la bière de notes de sous-bois et de céréales grillées. Disponible en édition limitée, la Vivat Cueilleur Sauvage accompagne idéalement les recettes automnales et hivernales.

© Brasserie Vivat

4 / Chez Iron, la betterave monte au créneau…

La Brasserie Iron (Montauban, 82) frappe fort avec cette surprenante Mini gose pickles de betterave à l’aneth (3,1 % alc/vol). Malgré son faible taux d’alcool, cette création ne manque pas de caractère avec ses pickles de betterave et son aneth frais. Sa robe rose profond attire immédiatement l’œil. L’aneth est puissante, tandis que la douceur ronde de la betterave se marie à une belle acidité rafraîchissante. Les flocons de maïs apportent du corps à cette bière créative, parfaite à l’apéritif avec quelques tapas. Une démonstration que l’originalité n’a pas besoin de degrés élevés pour séduire les palais aventureux.

© Iron

5 / … et le taco devient liquide

Après avoir réinterprété le cassoulet ou même le kebab, Iron récidive avec une audace encore plus folle : transformer un tacos mexicain en breuvage. La Mexican tacos ale (6 % alc/vol) intègre tous les ingrédients emblématiques du plat : maïs, citron vert, paprika, cumin, oignons, ail, coriandre fraîche et piment. Sans aucun arôme artificiel, 100 % authentique, cette recette atteint un réalisme stupéfiant. Une fois encore, Iron prouve que les frontières entre cuisine et brassage peuvent être délicieusement floues. Une expérience sensorielle qui défie toutes les conventions.

© Iron

6 / Chili Con Carnage : le plat tex-mex en version houblonnée

La cuisine mexicaine a aussi inspiré les Alsaciens de la Mogwaï Beer Company (Mundolsheim, 67) qui poussent leur concept de « Bières-à-la-Con » à son paroxysme. La Chili con carnage (4,9 % alc/vol) reproduit fidèlement le chili con carne avec 320 kg de haricots rouges, 54 kg de concentré de tomate, 25 kg d’oignons rouges, 5 kg d’ail, du cumin et du piment chipotle fumé. Sa robe rouge-orangé trouble évoque une sauce chili. Contre toute attente, l’équilibre est au rendez-vous : chaque ingrédient reste perceptible, l’acidité salée de la Gose se marie aux saveurs épicées, et la chaleur du chipotle persiste sans agresser. Une prouesse technique autant qu’une provocation gustative.

© Mogwaï Beer Company

7 / Ceci N’est Pas Une Tomate : l’hommage à Magritte

Avec Ceci n’est pas une tomate (5,5 % alc/vol), Mogwaï lance un très beau clin d’œil au peintre belge René Magritte et à sa ‘Trahison des Images’ : cette bière joue sur les paradoxes et les fausses apparences. Malgré une tomate ornant l’étiquette, aucune trace du fruit rouge dans la recette. Cette Pastry Wheat Ale, inspirée du cocktail Tomate (pastis-grenadine), mêle groseille, grenade, anis, citron vert et hibiscus. Un leurre efficace qui prouve que la bière est aussi un terrain d’expression artistique.

© Mogwaï Beer Company

8 / Triplon : le Picon réinventé en triple belge

Pour rendre hommage à l’amer alsacien traditionnellement mélangé à la bière, tout en reprenant les codes graphiques du célèbre Picon, acquis en 2022 par le Groupe Campari, Mogwaï a créé Triplon (8,2 % alc/vol), une triple ambrée qui reproduit les saveurs de l’apéritif, avec de la purée d’orange et mandarine, des écorces de quinquina et mandarine, et de la racine de gentiane. Les malts caramélisés et la sucrosité élevée complètent cette recette, qui célèbre et sublime un rituel social très populaire dans les régions d’Alsace et du Nord-Pas-de-Calais.

© Mogwaï Beer Company

9 / La mythique terrine flamande en version liquide

Direction le Pas-de-Calais, justement, où le jeune brasseur Ronan Blondeel — en formation à la Brasserie Chromatique (Saint-Léonard, 62) et lauréat des Rabelais des Jeunes Talents 2025 — a transformé le potjevleesch (la célèbre terrine de viandes blanches au nom imprononçable mais qui se déguste dans tous les estaminets dignes de ce nom) en bière ! Baptisée Smells like Potjevleesch (7 % alc/vol), cette création audacieuse est une bière ambrée, au nez corsé et au goût puissant et épicé. L’étiquette parodie la pochette de l’album Nevermind de Nirvana, avec le brasseur plongeant dans une piscine de potjevleesch. Cette « folie matérialisée à l’état liquide » témoigne une fois de plus du culot créatif d’une génération de brasseurs qui n’hésite pas à s’inspirer du patrimoine culinaire régional.

© Brasserie Chromatique

10 / A la fourmi d’Australie…

Pour conclure cette sélection, mention spéciale à la Brasserie du Pavé (Ennevelin, 59) qui a présenté au printemps dernier une édition collector infusée aux fourmis bouledogues australiennes. Myrmecia en Pévèle promettait une sensation électrisante et des propriétés énergisantes inédites. Mais le 1er avril, le poisson a bondi de son bocal, faisant sourire au passage toute la communauté brassicole. Si les fourmis sont restées en Australie, la créativité de la brasserie, elle, foisonne. L’imagination des brasseurs français n’a décidément plus de limites.

© Brasserie du Pavé

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