Une étude néerlandaise menée en plein festival de musique révèle que la consommation de bière modifie notre chimie cutanée et multiplie par 1,35 notre attractivité pour les insectes piqueurs.
Vous avez toujours soupçonné votre voisin de tablée d’attirer davantage les moustiques que vous ? Peut-être tenait-il une bière à la main. Des chercheurs de la Radboud University de Nimègue, aux Pays-Bas (NL), viennent de le démontrer scientifiquement : la consommation de bière augmente de 35 % l’attractivité d’un individu pour ces insectes hématophages, rapporte Science&Vie.
Pour parvenir à ce résultat, les scientifiques ont choisi un terrain d’expérimentation aussi original qu’ingénieux : le festival de musique Lowlands (Biddinghuizen, NL). Des conteneurs maritimes aménagés en laboratoires ont été installés sur le site, accueillant 465 volontaires âgés de 18 ans et plus. Le protocole, baptisé ‘Mosquito Magnet Trial’, demandait à chaque participant de souffler dix secondes dans une cage transparente contenant entre 20 et 35 moustiques femelles de l’espèce Anopheles stephensi, pendant que des caméras enregistraient le comportement des insectes. Les atterrissages sur les bras des volontaires étaient ensuite comptabilisés et analysés.
Le constat est sans appel : les personnes ayant consommé de la bière dans les douze heures précédant le test étaient significativement plus ciblées par les insectes que celles qui s’en étaient abstenues. Les chercheurs expliquent cette attirance par une modification biochimique induite par l’alcool. La bière, qui contient à la fois de l’éthanol et des glucides, élèverait le taux de sucre cutané et altérerait la composition de l’odeur corporelle. Cette signature olfactive transformée agirait comme un signal chimique que les moustiques, particulièrement sensibles aux odeurs, ne peuvent ignorer. Fait notable : cet effet semble propre à la bière : les autres boissons alcoolisées ne produiraient pas la même réaction, selon les chercheurs.
L’étude ne se limite pas à la bière. D’autres facteurs dits ‘hédonistes’ ont également été passés à la loupe dans ce laboratoire festivalier atypique. L’activité physique récente, le tabagisme ou encore certains comportements propres aux ambiances de fête influenceraient aussi, à des degrés divers, l’attractivité vis-à-vis des moustiques. À l’inverse, une douche fraîche et l’application de crème solaire divisent par deux cette attractivité, en perturbant les facultés de détection chimique des insectes.
Ces résultats, publiés sur la plateforme bioRxiv, n’ont pas encore été soumis à l’évaluation d’autres chercheurs, comme le reconnaissent eux-mêmes les auteurs de l’étude. Ils invitent à la prudence : le contexte festivalier (chaleur, densité de population, absence d’hygiène prolongée) ne saurait être généralisé à toutes les situations de la vie quotidienne. Reste que l’enjeu dépasse la simple curiosité scientifique. Mieux identifier les facteurs qui font de certains individus des cibles privilégiées pourrait contribuer à limiter la transmission de maladies vectorielles graves, comme la dengue ou le paludisme, dans les régions où ces moustiques sévissent. ■

Journaliste depuis plus de 25 ans, Olivier Malcurat entre dans l’univers de la bière en 2018 avec Le Pod’capsuleur, le podcast qui aime la bière et les brasseurs. En juillet 2020, il lance Bière Actu, un site d’information indépendant et participatif à trois voix : journalistes, experts et professionnels.
