La bière française résiste, les brasseries trinquent

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Après deux années de baisse, le marché hexagonal se stabilise en 2025. Mais les fermetures de brasseries s’accélèrent sous la pression des coûts. La bière sans alcool émerge comme relais de croissance.

Le secteur brassicole français affiche un visage contrasté en ce début 2026, selon Brasseurs de France. Si le marché semble se stabiliser après une période difficile, la santé économique des 2 500 brasseries du pays suscite de vives inquiétudes. En 2025, 209 brasseries ont mis la clé sous la porte, soit près de quatre fermetures par semaine, un rythme quasi équivalent aux ouvertures.

Un marché qui reprend son souffle

La consommation de bière en France avait reculé de – 7 % entre 2022 et 2024. L’année 2025 marque une timide embellie, portée principalement par la consommation à domicile qui progresse de + 1,2 %. Les nouveaux circuits de distribution tirent leur épingle du jeu : le drive et les enseignes à marques propres enregistrent respectivement des hausses de + 6 % et + 5,5 %, tandis que la distribution traditionnelle reste à la traîne.

Dans les cafés et restaurants, qui représentent environ 30 % du chiffre d’affaires du secteur, les volumes reculent encore de – 1,5 %. L’été 2025 a toutefois montré un léger regain avec une progression de + 1,4 % par rapport à la saison précédente, défavorisée par une météo maussade. Un signal faible mais encourageant pour une filière qui pèse 15 Mrd € de chiffre d’affaires et 130 000 emplois.

Des brasseries sous pression économique

La stagnation des volumes masque une réalité économique difficile pour les producteurs. La hausse continue des coûts de production fragilise un secteur composé à 96 % de TPE et PME. La fin de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique en 2026, l’augmentation des redevances sur l’eau, le renforcement de la responsabilité élargie du producteur pour les emballages ménagers et la complexité réglementaire pèsent lourdement sur les comptes.

Cette pression se traduit par une hémorragie d’entreprises. Pour la deuxième année consécutive, les fermetures dépassent les créations. Face à cette situation, des mouvements de consolidation s’opèrent : mutualisation des capacités de production, rapprochements stratégiques visent à préserver les équilibres économiques et assurer la pérennité des brasseries survivantes.

La bière sans alcool, nouveau fer de lance

L’innovation apparaît comme la bouée de sauvetage du secteur. La diversification des formats répond aux nouvelles attentes : les canettes progressent de + 4,8 % en volume grâce à leur légèreté et leur recyclabilité, tandis que les bouteilles de 75 cl, format de partage, affichent une hausse de + 4,2 %, portées notamment par une expérimentation de réemploi dans le Nord et l’Ouest.

Mais c’est surtout la bière sans alcool qui tire la croissance. En progression de + 11,5 % sur un an, ce segment représente désormais près de 6 % des volumes en grande distribution. Une enquête flash menée par Brasseurs de France en janvier 2026 révèle que 40 % des brasseurs produisent déjà de la bière sans alcool et que 30 % ont un projet en cours. La moitié des producteurs engagés utilisent des levures spéciales, soulignant l’importance de la recherche et développement.

Cette tendance s’inscrit dans une évolution sociétale profonde. Les données de Santé Publique France montrent une baisse de – 13 % des consommations quotidiennes d’alcool entre 2021 et 2023. Près de 20 % des jeunes de 17 ans n’ont jamais consommé d’alcool, contre 7 % il y a vingt ans.

Pour Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France : « La filière dispose des savoir-faire et des capacités d’innovation nécessaires, mais la préservation d’un cadre fiscal et réglementaire stable est une condition essentielle pour permettre à ce dynamisme de s’inscrire dans la durée. » Un appel que le gouvernement devra entendre s’il souhaite préserver ce secteur stratégique de l’agroalimentaire français.



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