Un Américain a déployé un agent vocal IA pour appeler 3 000 pubs irlandais et créer un indice en temps réel du prix de la Guinness. Avec des effets concrets sur les tarifs pratiqués.
Il a suffi d’une pinte jugée trop cher pour déclencher une petite révolution dans les pubs irlandais. A 37 ans, l’entrepreneur américain Matt Cortland est spécialisé dans l’intelligence artificielle. En mars dernier à Dublin (IE), il déguste une Guinness dans un pub avant d’être rattrapé par une réalité qu’il juge difficile à avaler : le prix ! 7,80 € la pinte !
Rien ne sert de râler : ce n’est pas la serveuse ou le serveur qui fixe les prix. Mais Matt Cortland décide pourtant de ne pas en rester là. Il a créé un outil qui évitera à l’avenir aux consommateurs de se retrouver pris de court face au prix d’une Guinness. Cet outil s’appelle le Guinndex, (mot-valise issu de la contraction de Guinness et d’index) et fournit un indice des prix de la pinte en temps réel.
L’inventeur a d’abord cherché des données officielles avant de se rendre compte que l’Office central des statistiques irlandais (CSO), qui suivait l’évolution du prix de la pinte de bière entre 2001 à 2011, ne s’y intéressait plus depuis quinze ans, selon Numerama. Depuis, non seulement le prix de la pinte « a bondi de 48 % » , selon ZME Science, mais en plus, plus aucune source fiable ne centralisait cette information pourtant stratégique dans un pays où le stoutest quasiment une institution.
Rachel décroche le téléphone
Pour combler ce manque, Matt Cortland a eu recours à une méthode aussi inattendue qu’efficace : un agent vocal IA baptisé Rachel. Développée avec la plateforme ElevenLabs, Rachel parle avec un accent nord-irlandais et a été conçue en hommage à Rachel Duffy, gagnante de la version britannique de The Traitors. Sa mission : appeler les pubs, poser une seule question : « Combien coûte une pinte de Guinness ? » , remercier, et raccrocher.
Au cours du week-end de la Saint-Patrick, Rachel a passé plus de 3 000 appels dans les 32 comtés de l’île, explique The Journal. La plupart des interlocuteurs ne se sont pas rendu compte qu’ils parlaient à une machine, comme le confirment les transcriptions des échanges. Un barman à Enniskillen a même proposé de faire un geste sur le tarif, croyant s’adresser à un client.
Des données exploitées par Claude
Les données collectées ont ensuite été traitées par Claude, l’IA d’Anthropic, pour construire le Guinndex. Le système permet aussi bien aux gérants de bar qu’aux clients de signaler ou corriger un prix. Le lundi suivant les appels, le prix moyen constaté s’établissait à 6,01 €. Le prix le plus fréquent est 5,50 €, tandis que la pinte la plus chère recensée par Rachel atteignait 11 €, selon Fortune, qui explique que le lancement de Guinndex influe déjà sur le prix de la bière. Un gérant de pub aurait ainsi abaissé son tarif de 0,40 € et mis à jour lui-même l’entrée sur le Guinndex, afin de rester compétitif.
Un modèle à dupliquer ?
Au-delà de la bière, Matt Cortland voit dans ce projet un prototype réplicable pour d’autres produits. Il envisage de décliner la méthode au prix des médicaments sur ordonnance aux États-Unis, ou à celui d’une part de pizza à New York. Le principe reste le même : collecter massivement, publier largement, et laisser la transparence faire son travail.
Aujourd’hui, Guinndex suit plus de 6 300 pubs dans toute l’Irlande. A l’heure où nous publions cet article, la pinte de Guinness la moins cher du pays est vendue 3,50 € tandis que le prix de la plus cher n’a pas changé : 11 €. ■

Journaliste depuis plus de 25 ans, Olivier Malcurat entre dans l’univers de la bière en 2018 avec Le Pod’capsuleur, le podcast qui aime la bière et les brasseurs. En juillet 2020, il lance Bière Actu, un site d’information indépendant et participatif à trois voix : journalistes, experts et professionnels.
